La réponse à cette question réclame un petit détour par le sens des mots. Un modèle, c’est une chose, une personne, une manière de faire à imiter, à copier, à reproduire. Le travail social est, avant toute autre considération, un travail de relation. Peut-on modéliser la relation entre deux personnes ? Les sciences psycho-sociales, la psychologie, la sociologie… modélisent des formes relationnelles et dressent des typologies selon le type de rapports : professionnels, affinitaires, amoureux, identitaires, familiaux, culturels, nationaux ou communautaires, etc. Mais ces analyses sont élaborées a posteriori. Or, la fonction du modèle n’est pas d’interpréter ce qui s’est déroulé mais de définir ce qui doit se passer selon une logique mécanique de simple reproduction.

Il est temps d’affirmer que le travail avec et pour autrui est parfaitement incompatible avec l’idée de modèles préétablis. La relation à autrui est, à chaque instant, surgissement d’un imprévu. La rencontre, parce qu’elle est au croisement de deux subjectivités dans la relation duelle, ou d’intersubjectivités dans des rapports collectifs, comporte toujours sa part d’imprévisible qui constitue la richesse des relations humaines. Vouloir imposer des modèles au travail social, quelle qu’en soit la nature, porte atteinte à la marge de créativité qui doit être laissée aux acteurs pour qu’il se passe quelque chose entre eux.

Ceux qui portent la responsabilité d’organiser le travail social font payer cher aux acteurs de terrain la confusion qu’ils font entre le concept de modèle qui instrumentalise la relation et celui d’objectif qui donne sens à ce qui s’invente dans l’échange. Le travail social a un besoin urgent de se libérer de cette tendance à la modélisation pour mettre au travail les objectifs qu’il entend poursuivre, condition pour redonner sens à ce que vivent les professionnels et les personnes qu’ils rencontrent.

 

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