Les associations d’action sociale ne sont pas des organisations comme les autres. Certes, ce sont des entreprises au sens classique du terme : elles mettent en œuvre des moyens de production en référence à un objectif. Mais elles ne peuvent être réduites à cette seule dimension instrumentale pour deux raisons :

  • Tout d’abord, du fait de leurs missions d’utilité sociale et d’intérêt général, elles interviennent auprès de personnes en situation de vulnérabilité. C’est la dimension clinique du travail social, c’est-à-dire l’art de prendre soin de concitoyens en souffrance.
  • Ensuite, parce qu’elles interviennent sur les dysfonctionnements de la société, les écarts entre idéal inclusif et réalité des exclusions, les ratés de la citoyenneté pour tous… C’est la dimension politique du travail social qui vise le changement social (Cf. la définition du travail social, article D142-1 du Code de l’Action Sociale et des Familles).

Ces deux dimensions, clinique et politique, confèrent aux organisations du travail social – travail avec et pour autrui et travail du social – une particularité remarquable : leur centre de gravité se situe en dehors de leur polygone de sustentation. Ce mot barbare – qui me rappelle mes mauvais souvenirs des cours de géométrie – désigne la surface de projection de l’objet au sol, l’espace occupé par ses points de contact avec sa surface d’appui. L’équilibre suppose que le centre de gravité soit contenu par cette surface, sinon, c’est la chute.

La particularité des associations d’action sociale, donc, c’est que leur centre de gravité est placé en dehors d’elles-mêmes. Pour le dire trivialement, elles ne roulent pas pour elles. Ce qui constitue une différence fondamentale avec les entreprises classiques dont l’intérêt principal se situe en leur sein (qu’il s’agisse du profit de ses clients, de ses actionnaires ou de ses salariés). Le centre d’intérêt des associations d’action sociale, c’est tout autant l’intérêt supérieur des personnes qu’elles accompagnent que l’intérêt collectif de la société.

Cette situation crée un déséquilibre qui n’entraîne pas la chute mais le mouvement, la dynamique transformatrice des personnes et de l’environnement.

Il est essentiel que nous (re)prenions collectivement conscience de cette particularité propre aux associations d’action sociale : cela éviterait à la fois les procès d’intention qui leur sont fait, la tentation de les instrumentaliser dans une fonction strictement technique et la réduction de l’évaluation de leurs actions à de simples considérations budgétaires.

Shares