Introduction

Quels sont les effets de cette concurrence inadéquate qui est imposée aux associations d’action sociale sur les enjeux de formation ? L’article que j’ai publié dans les Cahiers de l’Actif[1] rappelait la genèse de cette idée de concurrence. Les associations sont passées d’une phase de « mimétisme bureaucratique » à une phase « d’isomorphisme managérial »[2]. Dans la première elles s’adaptaient aux fonctionnements étatiques qui les financent, dans la seconde elles cèdent au mirage des vertus de l’entreprise lucrative. Mais le mythe néolibéral de la régulation concurrentielle a entraîné les associations dans une troisième phase, suite à la conversion de l’Etat au New Public Management. Cette situation peut être interprétée comme la triple rançon des conformismes associatifs (et étatiques) à des modèles exogènes, des guerres intestines sourdes qui divisent le secteur associatif et de l’incapacité des associations et de l’Etat (à tous les niveaux d’organisation des pouvoirs publics) à faire alliance dans une co-construction des politiques sociales.

Je propose de prolonger ici cette réflexion en analysant quelques inadéquations majeures entre les fondements du travail social et les pratiques concurrentielles et d’envisager les conséquences pour la formation. Il s’agit notamment d’apporter des éléments de réponse à la question : En quoi les enjeux de formation peuvent-ils faire contre-feux pour corriger les dérives de ces tendances lourdes qui marquent l’action sociale ?

Le point de vue que j’occupe ici est multiple : acteur de terrain par ma fonction de directeur d’une organisation d’action sociale, chercheur impliqué dans les problématiques du travail social, formateur occasionnel de cadres en formation, membre du Comité Régional du Travail Social de Bretagne. Cette dernière instance a particulièrement travaillé sur « Les nécessaires évolutions des métiers et des formations sociales au regard des mutations du secteur social[3] ». J’étais membre du groupe de travail sur cette saisine.

  1. Inadéquation de la concurrence avec l’objet même du travail social
    • La singularité plutôt que des standards

Le travail social repose essentiellement sur l’inédit des situations personnelles que rencontrent ses professionnels. Aucun homme, aucune situation humaine n’est répétition. Les grands humanistes (Arendt, Mounier…) ont posé le principe de la singularité de toute expérience humaine. D’ailleurs, il n’y a pas « reproduction » de l’Homme mais « procréation ».

Or, le jeu concurrentiel induit une standardisation des formats d’intervention. Par le truchement des cahiers des charges qui impliquent une définition en amont des situations à traiter et des modes d’action, nous sommes dans une logique « top/down » qui induit subrepticement – voire explicitement dans certains cas – des standards d’intervention classés par publics, par problématiques, par types de réponse, etc.

  • L’altérité plutôt que l’uniformité

La rencontre de l’autre est expérience de l’altérité, c’est-à-dire expérience simultanée de la radicalité de la différence irréductible et de la complicité des similitudes. Cette scène est le lieu de la créativité relationnelle, l’espace où surgissent les possibles d’une aventure partagée.

Or, la mise en concurrence tend à réduire l’originalité de ce travail avec et pour autrui en une prestation. La notion de prestation appartient à l’univers positiviste qui consiste à croire – ou à tenter de croire – que tout problème trouve réponse dans une forme d’action qui peut être reproduite sur les mêmes causes quelles que soient les différences de contextes, d’acteurs ou de perceptions.

  • L’alliance plutôt que la concurrence

La prise en compte d’autrui comme personne en souffrance suppose la construction d’une alliance. Cette notion s’inspire du modèle de l’alliance thérapeutique qui est la condition de réussite de la cure analytique, mais nous parlons aussi d’alliance éducative. L’alliance entre l’intervenant et l’usager s’inscrit dans une chaîne de production du service qui suppose qu’un véritable continuum s’instaure à tous les niveaux. C’est l’alliance du professionnel avec l’organisation qui l’emploie – référence à la ligne hiérarchique, au projet d’établissement ou de service – conditionnant sa position qui lui permettra de nouer une alliance à son niveau de travail. Cette alliance autour de l’usager dépasse le cadre de l’organisation[4]. Ce sont bien tous les acteurs qui doivent faire alliance entre eux dans l’intérêt des personnes accueillies ou accompagnées.

Or, la concurrence génère des ruptures d’alliance entre les acteurs. Elle tend en effet à opposer les opérateurs dans une compétition qui peut aller jusqu’à rompre des liens, là où il faudrait rester alliés dans un projet commun qui dépasse chaque protagoniste.

  • Quid pour la formation ?

Quelles seraient les stratégies de formation qui permettraient de corriger les effets corrupteurs de la mise en concurrence systématique des acteurs entre eux ?

Les centres de formation au travail social (CFTS) ne devraient-ils pas enseigner une poïésis plutôt qu’une pratique, une praxis plutôt qu’une technique ? Pour le dire de manière moins savante, il s’agirait de s’approprier un art de faire plus centré sur le chemin à emprunter pour y parvenir que sur le résultat, une pratique référée à des valeurs plutôt qu’une façon de procéder qui ne fait pas sens. En fait, pour répondre aux besoins d’altérité, de singularité et d’alliance, il s’agit d’apprendre aux professionnels à lâcher prise, à « laisser faire », voire même à « laisser laisser faire ensemble ». C’est d’apprentissage d’une ingénierie du lien qu’il s’agit, bien plus que d’apporter des réponses. Cette position de l’acte d’enseigner interroge toute la chaîne pédagogique, y compris l’organisation interne des centres de formation.


 

  1. Inadéquation de la concurrence avec les temporalités du travail social
    • Le temps long de la relation d’aide

Les évolutions récentes du travail social nous font envisager des modalités de « prise en compte » de l’usager plutôt que de « prise en charge »[5]. La prise en compte suppose le temps long de la construction de la confiance entre intervenant et bénéficiaire. C’est le temps du compagnonnage où usager et professionnel prennent ensemble le chemin, prennent à bras le corps le problème, partagent ensemble un projet, partagent ensemble une confiance. Car la relation d’aide doit laisser le temps de construire la confiance, en soi, en l’autre, en « nous ».

Or, les pratiques concurrentielles inscrivent l’action dans le jeu de l’immédiat. La réponse ne dispose d’aucun délai et les exigences de performance qui pèsent sur elle ne souffrent pas de « perdre » du temps.

  • L’articulation des temporalités institutionnelles et des temps du parcours de vie

Le parcours de vie, par définition, est aléatoire, contradictoire et combinatoire. C’est-à-dire qu’il est marqué par l’imprévu, la rupture ou l’accident, qu’il est fait d’avancées et de reculs ou d’incohérences et, enfin, qu’il n’est pas un fil unique mais une tresse qui associe et tisse plusieurs trames. Face à cette réalité existentielle, il nous revient de concevoir des temporalités institutionnelles capables d’absorber les temps singuliers de ces parcours de vie, qui puissent amortir les effets de rupture, savoir attendre les disponibilités de l’usager ou de son entourage.

Or, l’appel à la concurrence convoque la rentabilité immédiate de l’organisation, le retour sur investissement à court terme, incompatible avec les temporalités du travail social.

  • Les temporalités fluctuantes de la construction des solidarités

Les représentations sociétales sont mouvantes, elles bougent sans cesse, se composent et se modifient au gré des évènements ou des incidents sociaux. Il n’est qu’à observer comment la représentation du grand âge s’est transformée ces dernières années, ce qui se dit, selon les moments, de la jeunesse délinquante, les discours qui circulent sur les réfugiés politiques et qui varient selon leur pays d’origine. Le travail social participe d’une mise au travail de ces représentations. Leur évolution vers des valeurs de solidarité suppose un délai. Une réponse apportée trop tôt peut manquer son objectif si les mentalités ne sont pas prêtes.

Or, la mise en concurrence des offres réduit la perspective d’action à « l’ici et maintenant ».

  • Quid pour la formation ?

La formation est un processus long et permanent. L’entrée en formation initiale n’est qu’un début qui ne s’achève pas avec la certification. Au contraire, le diplôme signe en fait l’entrée dans un parcours, un engagement dans une démarche permanente d’ajustements conjoncturels, de bricolages quotidiens à négocier sans cesse, d’élargissement constant du champ des connaissances.

Tenir compte des temporalités propres au travail social suppose de concevoir des formations plutôt fondées sur le constructivisme et le pragmatisme. C’est-à-dire des cursus d’apprentissage permanent qui apprennent à tracer un chemin au cœur de l’action mais qui n’est pas préétabli. Cela implique une démarche prospective qui ouvre l’espace-temps, à l’image du chantier engagé par Unaforis.

 

  1. Inadéquation de la concurrence avec les savoir-faire du travail social
    • Faire ensemble

Le travail social est progressivement passé du « faire pour » au « faire avec » et se trouve, aujourd’hui, mis au défi du « faire ensemble ». Cette dernière dimension va plus loin en convoquant plus fortement les ressources individuelles et collectives tant des usagers que des professionnels, mais aussi de l’environnement social. Ce sont les pratiques de travail social avec les groupes ou d’intervention communautaire. L’action repose sur la mobilisation collective de réseaux sociaux.

Or, les pratiques concurrentielles entraînent un découpage des interventions, un morcellement. Là où il faudrait créer des liens entre acteurs, la concurrence renforce le phénomène des tuyaux d’orgue : chacun est dans son circuit à l’exclusion des autres. Les appels à projet sont ainsi découpés entre les compétences des collectivités (département, région, Etat, ARS…).

  • La coopération

Le « faire ensemble » suppose la coopération, c’est-à-dire une certaine forme de collégialité entre les acteurs. Nous l’avons dit, il faut tout un village… Il s’agit donc de développer et de renforcer les complémentarités locales afin de briser les effets de filière et d’isolement.

Or, la concurrence divise les acteurs, divise l’action, divise les perspectives. Elle met en compétition ceux qui devraient collaborer dans un but commun. Elle oppose en les séquençant selon les créneaux du marché les éléments d’intervention qui devraient constituer un tout cohérent. Elle fragmente la visée globale du projet en bouchant l’horizon commun par des actions isolées, au risque de l’incohérence.

  • Quid pour la formation ?

Le slogan de toutes les formations du travail social devrait être « faire équipe ». Pour éviter ces effets de fragmentation du travail social, il est urgent de construire des compétences collectives plutôt qu’individuelles. Et cette construction doit directement associer les usagers. C’est l’orientation donnée par le plan d’action gouvernemental en faveur du travail social : les usagers doivent participer à la formation initiale et continue des professionnels du travail social, dès le stade de l’ingénierie.

La perspective, véritable contre-feu aux concurrences qui divisent, est de créer, autour des CFTS, des plates-formes collaboratives qui associent les centres entre eux mais aussi les établissements et services sociaux et médico-sociaux. Cela suppose que les CFTS se mettent au clair, entre eux, sur leurs propres pratiques concurrentielles afin de faire lien plutôt qu’alimenter la compétition. Cela suppose également de ne pas s’enfermer dans le cercle vicieux prestataire/client – où les établissements et services sociaux et médico-sociaux ne sont que de simples consommateurs – mais d’envisager la co-construction des formations avec et pour les intéressés.

  1. Inadéquation de la concurrence avec la dynamique de développement social
    • Travail social et territoire

Nous venons de faire référence au plan d’action en faveur du travail social dont le titre comprend également « et du développement social ». L’orientation gouvernementale associe ainsi, comme jamais aucun texte officiel ne l’avait fait, travail social et développement social. L’un étant le corolaire de l’autre, l’autre étant la condition et la finalité de l’un.

Progressivement, le travail social fait évoluer la notion d’usager vers celle d’habitant : l’usager est inscrit dans un lieu où il vit et développe ses relations. Cela change l’approche que l’on peut avoir des territoires. Marc Rouzeau[1] évoque ces déplacements : Le territoire – le « quartier » dans son propos – a été vécu comme la conséquence des politiques publiques, puis comme la cause desdites actions avant d’être le révélateur des dysfonctionnements sociaux. Pour finir, une nouvelle approche complète le tableau, le territoire constitue une ressource pour les habitants.

Or, la concurrence réduit l’habitant à n’être qu’un « client » si l’on s’inscrit dans l’isomorphisme managérial ou qu’un « public » si l’on s’inscrit dans le mimétisme bureaucratique. En tout état de cause, elle ne permet pas, ou mal, de prendre en compte le territoire comme une fondation du travail social.

  • Les acteurs du travail social sont enracinés dans des « lieux »

Car le travail social est porté, essentiellement, par des associations où des citoyens, localement, passent contrat pour agir face à un problème. Ces organisations, historiquement, avaient parties liée avec les lieux où elles sont nées et se sont développées. Elles se définissent et se vivent comme des ressources pour les territoires.

Or, la concurrence déterritorialise l’intervention en permettant notamment à des acteurs venus d’ailleurs de s’implanter. La concurrence génère des organisations hors-sol, capables d’intervenir en n’importe quel lieu, sans tenir compte de leurs appartenances initiales ni des forces vives déjà présentes dans le territoire et qui participent à sa structuration. La tendance s’inverse : c’est le territoire qui devient une ressource à consommer par l’association.

  • La bio-socio-diversité

La socio-diversité[6], c’est la biodiversité sociale des territoires. C’est la condition de la vitalité de l’écosystème local. Cela signifie que les territoires ont besoin d’associations diverses, plurielles, variées pour assurer un maillage social suffisamment riche dans l’intérêt des habitants. Cette hétérogénéité des associations concerne tout autant leur forme, leur taille, que leurs objets de travail, leurs orientations ou références, leurs projets, leurs membres…

Or, la concurrence, par les formats qu’imposent ses déclinaisons opérationnelles dans le champ social et médico-social, uniformise les réponses sur les territoires. Progressivement s’insinuent des standards qui tendent à apporter les mêmes réponses aux questions semblables sans tenir compte des lieux où elles se posent, des cultures où elles se déploient et des personnes qui sont concernées. De plus, la concurrence privilégie les grosses associations qui disposent des outils et des moyens d’ingénierie pour répondre aux appels à projets ou aux appels d’offres. Les « grosses » tendent ainsi – paradoxalement au nom même du principe de libre concurrence – à devenir les seuls opérateurs sur certains territoires, contribuant à en faire des glacis uniformes où les usagers n’ont même plus le choix d’échapper à leur emprise.

  • Quid pour la formation ?

La manière dont les CFTS nouent des partenariats locaux est sans doute une opportunité pour reconstituer du tissu local entre les acteurs. En effet, l’enjeu de formation des acteurs est une occasion de faire réseau entre les sites qualifiants et le centre. La diversité des formations, des stagiaires, de leurs origines et de leurs appartenances sont également des facteurs de biodiversité au plan local.

Cette manière, pour les CFTS, de se tenir au plus près des réalités locales, est un enjeu sans doute plus difficile à tenir pour les « gros » que pour les petites unités plus fortement immergées, par nature, dans les territoires. Cela suppose de concevoir des organisations fortement subsidiarisées. C’est-à-dire qui portent une attention particulière à leur système de délégation afin que leurs actions et les décisions soient en phase avec les lieux où interviennent les stagiaires. Cela suppose sans doute aussi, pour les CFTS, de sortir de l’entre soi ce qui est une manière d’envisager autrement la concurrence.

  1. Inadéquation de la concurrence avec la question politique que pose le travail social
    • Le travail avec et pour autrui comprend inévitablement une question politique

Au fondement des pratiques de travail social se situe la volonté de favoriser la participation pleine et entière de chacun à la vie de la cité. Précisément, le travail social s’intéresse à ceux qui sont le plus en difficulté. Le public cible ce sont les personnes qui sont « en fragilité du lien social ». Poser la question de la place de chacun dans la société, c’est poser une question politique, éminemment politique.

Or, les démarches concurrentielles, avec leur guirlande de protocoles et de cahiers des charges, rabattent le travail social dans le périmètre étroit de sa seule dimension technique. La question politique disparaît et il ne subsiste plus qu’un objet technique.

  • Le travail social porte, intrinsèquement, une visée politique

Au-delà de la dimension individuelle, l’intervention sociale porte en elle une conception de la société. Penser la place des plus fragiles dans la société induit un projet de société. Les mots clefs du travail social sont des concepts politiques : justice, égalité, inclusion, respect, dignité, reconnaissance… Il s’agit finalement d’un travail « du » social[7] qui participe, à sa place, à une transformation sociale. C’est cela qui nous fait dire, à quelques-uns, qu’il est urgent de repolitiser l’action sociale[8]. Cette expression ne signifie pas que l’action sociale doit prendre place dans le jeu « politicien » (« la » politique) mais qu’elle doit porter une ambition sociétale (« le » politique).

Or, la concurrence réduit les acteurs du travail social à des rôles d’opérateurs. Chaque compétiteur de ce match doit abandonner ses visées politiques qui n’ont pas lieu d’être quand dominent les principes de prestation, de technique, de performance (mieux disant). Les associations d’action sociale, obligées de se plier à ces règles deviennent des instruments là où elles prétendaient être des acteurs de la démocratie.

  • Le passage d’une action ouverte à un marché fermé

Le travail social se pense comme une action ouverte sur la société et son évolution. C’est du moins ainsi que l’envisagent certains auteurs[9] : le travail social ne peut pas être dissocié de la société sur laquelle il a prise. Sa fonction première est de remettre en mouvement les rouages grippés d’une société égalitaire et inclusive. Il apporte de l’ouverture là où se ferment les trappes de l’exclusion ou de la stigmatisation. Par définition, le travail social est une action ouverte.

Or, la concurrence, parce qu’elle dénature l’objet social du travail sur la société en simple objet commercial, transforme l’action sociale en marché fermé. Fermé parce que réservé de plus en plus exclusivement à quelques heureux « élus » (ceux qui parviennent à être les mieux disant). Fermé parce que de plus en plus replié sur les objectifs rabougris d’une performance mesurable de manière simpliste. Fermé parce que les questions sociales tendent, à travers les appels d’offres ou appels à projets, à être réduites aux seules conceptions de l’administration, à être délimitées par les périmètres fixés dans les cahiers des charges.

  • Quid pour la formation ?

Cette dimension politique du travail avec et pour autrui est-elle suffisamment intégrée dans les formations du travail social ? Quelle réflexion politique, stratégique et éthique sur les enjeux de la transformation sociale est intégrée dans les programmes ?

Ces questions interrogent largement les CFTS. Pour n’illustrer que sur un point, nous pouvons évoquer l’alternance intégrative. Si les « stages » ne servent qu’à mettre de futurs professionnels au contact d’anciens pour faire fonctionner la mécanique de la reproduction, il n’est pas certain que les questions politiques et stratégiques soient traitées au bon niveau. Le CRTS de Bretagne, dans son dernier rapport, préconise que les temps de stage puissent être aussi des temps de conduite de projets dans les sites, actions collectives avec les usagers pour contribuer à une transformation des établissements et services, expériences grandeur nature d’une autre façon de concevoir la relation d’aide. Nous pourrions alors parler d’alternance transformatrice ?

Conclusion

Pour conclure, nous devons garder présent à l’esprit que la concurrence c’est un rapport social, une manière d’envisager les rapports de force qui traversent la société, une forme de régulation plus ou moins « sauvage » ou « déloyale » selon les cas. L’application des règles de la concurrence au travail social est à la fois le résultat et la cause des métamorphoses profondes de ce champ d’activité. Comme dans tout rapport social, la concurrence nous invite à définir des stratégies. Il s’agit donc de repérer les opportunités qui existent, les occurrences qui se créent pour s’en saisir. Il s’agit d’identifier ce qui peut faire levier pour trouver des issues dans un jeu qui, au premier abord, pourrait paraître clos.

Un premier levier pourrait consister à défendre l’idée que le travail social n’est pas une charge mais un investissement. C’était l’objet du texte co-écrit par des Directeurs Généraux des Services Départementaux, et notamment par Denis Vallance[10]. Un autre levier est sans doute à rechercher du côté des alliances stratégiques à construire avec les usagers. La légitimité du travail social se consolide de plus en plus dans la capacité de ses acteurs à « faire ensemble » avec les usagers dans les territoires. D’autres pistes appartiennent plus spécifiquement aux CFTS dans la filiation de ces intuitions : modalités de co-construction des schémas régionaux, manière d’associer les parties prenantes localement, coopérations à construire pour jouer la complémentarité plutôt que la concurrence, investissement dans la qualité comme garant d’un certain art de faire, etc.

[1] M. Rouzeau, Vers un Etat social actif à la française ?, Presses de l’EHESP, 2016.

[1] « La concurrence, une pratique incongrue en action sociale », Cahiers de l’Actif n°474/475, novembre, décembre 2015.

[2] Ces concepts sont inspirés de J-L. Laville, voir notamment, Politique de l’association, Le Seuil, 2010.

[3] Consultable sur www.crts-bretagne.fr

[4] Le proverbe africain dit « Il faut tout un village pour élever un enfant ».

[5] Saül Karsz, Pourquoi le travail social ?, Dunod, 2004.

[6] J-L. Laville et A. Salmon, Associations et action sociale, Desclée De Brower, 2015.

[7] Expression introduite par Michel Chauvière dans Le travail social dans l’action publique, Dunod, 2004.

[8] www.repolitiserlactionsociale.org

[9] S. Karsz, Pourquoi le travail social ?, Op. Cit., M. CHauvière, Le travail social dans l’action publique, Op. Cit., P. Savignat, Le travail social a-t-il un avenir ?, Dunod, 2014, R. Janvier et B. Dubreuil, Améliorer la qualité en action sociale, mutations sociétales, transformation des pratiques et des organisations, ESF, 2015.

[10] L’action sociale, boulet financier ou renouveau de la solidarité, Association Nationale des Directeurs Généraux et Directeurs Généraux Adjoints des Régions et Départements.

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