Résumé

Cette contribution vise à interroger les dynamiques à l’œuvre dans le champ de l’économie sociale et solidaire dans un contexte, d’une part, de relativisation de ses modèles fondateurs et, d’autre part, d’accentuation des logiques publiques entrepreneuriales mettant à l’épreuve ses valeurs instituantes. Elle porte sur les contextes institutionnels à partir desquels se déploient les logiques d’intervention sociale. Elle est le fruit d’un travail collectif réalisé par trois directeurs d’organisations de l’économie sociale et solidaire en Bretagne. Ils tentent de poser là les bases d’une réflexion touchant aux enjeux culturels, politiques et institutionnels concernant ces organisations intermédiaires sur lesquelles s’est développée toute une conception de l’action sociale et médico-sociale dans notre pays. A partir d’une lecture inspirée par les travaux du psychanalyste Jean-Pierre Lebrun au sujet de la mutation anthropologique caractérisant notre modernité, en particulier le passage d’une modalité du lien social entièrement structurée sur un mode hétéronome et vertical, en  référence à la culture patriarcale dominante, à une modalité davantage dominée par la figure de l’horizontalité et du réseau, ils s’efforcent de repenser, dans ce contexte, le rôle d’institution intermédiaire de ces organisations de l’économie sociale et solidaire.

Mots-clés

Institution, coopération, intervention, lien social, marché, solidarité, parties-prenantes, participation des usagers, projet, différence des places

Introduction : action sociale, coopération et territoires

Les organisations de l’économie sociale et solidaire n’échappent pas aux mouvements de réforme engagés par les politiques publiques ces dernières années dans une logique de simplification, d’harmonisation et de rationalisation des institutions ; en matière d’action sociale, une redéfinition des projets est recherchée à l’échelle des territoires pour tenir compte à la fois des contraintes économiques, des nouveaux besoins sociaux et aussi d’une autre approche des usagers dont la responsabilité, l’autonomie, et les intérêts propres sont visés dans un souci de faire converger responsabilisation de chacun et intérêt général. C’est aussi à l’aune de cette utilité sociale que sont attendues les nouvelles offres de service et le positionnement des professionnels de l’action sociale. Aussi, se substituant à une logique d’organisations bien souvent repliées sur elles-mêmes qui ont caractérisé l’époque antérieure de développement des outils professionnels, sont aujourd’hui promues toutes formes de coopération entre les acteurs. En phase avec la réforme générale de la fonction publique obligeant les acteurs publics eux-mêmes à de nécessaires remises en cause, des incitations fortes sont lancées au secteur associatif afin qu’il coordonne mieux ses projets et ses organisations autour des missions de service public qui lui sont déléguées. Citoyenneté, démocratie et territoire sont inscrits au cœur de cette nouvelle logique de mobilisation des acteurs publics et associatifs dans le champ de l’action sociale. Toutefois les mutations organisationnelles nécessaires à la mise en œuvre de ces dynamiques sont loin d’être encore abouties. Et plus encore les maturations en termes de cultures, de postures et d’identité des acteurs.

Nous ferons l’hypothèse, dans cet article, que les mutations recherchées aussi bien que les obstacles qu’elles rencontrent, ont à voir, en effet, au-delà de la simple nécessité d’une rationalisation systémique congruente avec les nouveaux outils d’information et de gestion, avec des effets de culture touchant à la conception même de l’humain et aux modalités d’envisager  le lien social. Inscrite par essence au cœur des relations humaines, l’action sociale ne peut que se trouver  concernée au premier chef par la mutation anthropologique caractérisant notre époque. Nous avons choisi, dans une première partie introductive, de nous appuyer sur les analyses de Jean-Pierre Lebrun et de Marcel Gauchet pour décrire les effets de cette mutation. Nous en déclinerons ensuite un certain nombre de conséquences en ce qui concerne les organisations de l’économie sociale et solidaire, qu’il s’agisse d’enjeux démocratiques et de solidarité,  d’enjeux en termes de coopération des acteurs et de participation des usagers, ou bien encore de défis posés en matière de transformation des formes institutionnelles et organisationnelles.

Plan :

.1.  Les bouleversements anthropologiques contemporains

  • Une mutation multiforme
  • Le déclin de la fonction paternelle
  • Réinstituer les lois de la parole


.2. Les conséquences pour les enjeux sociétaux de solidarité.

  • Réconcilier l’économique le politique et le social.


.3. Les conséquences pour les enjeux de coopération des acteurs

.4. Mutation des logiques institutionnelles

.5. Conséquences pour les formes organisationnelles

Conclusion

Pour lire la suite de cet article :

http://www.editions-eres.com/resultats_collections.php?COLLECTION=100

ou comander l’article sur :

http://www.cairn.info/mon_panier.php?ID_ARTICLE=CNX_094_0029

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