Le développement du pouvoir d’agir des bénéficiaires d’un accueil ou d’un accompagnement médico-social est devenu, au cours des vingt dernières années, un objectif qui tend à modifier les positionnements entre intervenants et personnes concernées.

Si l’objectif reste bien la résolution ou l’accompagnement des situations de vulnérabilité, la focale se déplace de l’expertise de l’intervenant vers la mobilisation des ressources des personnes et de leur entourage.

Mais de quoi parlons-nous quand nous utilisons ce terme de pouvoir d’agir – que les cultures anglo-saxonnes traduisent par empowerment dans un sens sans doute un peu différent – ?

Ce concept doit être relié à d’autres termes qui font florès et qui constituent le fond de décor de la scène des mutations en cours dans le champ médico-social :

  • L’inclusion et son slogan le « virage inclusif» ;
  • La désinstitutionnalisation et la sanction adressée par l’ONU à la France quant à l’application de la convention relative aux droits de la personne handicapée;
  • La transformation de l’offre médico-sociale et le plan d’action qui incite les établissements médico-sociaux à évoluer vers des configurations en plates-formes de service;
  • Une réponse accompagnée pour tous et les incidences de l’objectif « zéro sans solution« ;
  • L’autodétermination des personnes qui renvoie directement au pouvoir d’agir ;
  • La pair-aidance et la prise en compte de l’entourage des personnes avec l’apparition de nouveaux professionnels, les travailleurs-pairs;
  • Etc.

Créer les conditions du pouvoir d’agir des personnes accompagnées ou accueillies suppose d’agir sur plusieurs dimensions qui seront exposées, travaillées, débattues, interrogées tout au long de cette journée. Nous ne pouvons faire l’économie d’une analyse critique portant sur :

  • Les cadres légal et réglementaire qui doivent s’ajuster et qui peuvent, selon les cas, être des freins ou des facilitateurs pour cette ambition ;
  • L’organisation des établissements et services qui doivent se transformer pour répondre à ces nouvelles perspectives ;
  • Les compétences professionnelles qui doivent évoluer pour s’ajuster à ce changement des positions entre intervenant et bénéficiaire ;
  • Mais aussi l’environnement des établissements et services médico-sociaux qui doit opérer une révolution copernicienne pour que l’école, le monde du travail, les politiques urbaines, l’univers culturel, les institutions de santé, etc., soient prêts à accompagner la capacité des personnes à prendre en main leur destin, à agir par elles-mêmes sur leur vie, à développer leur capacité à faire par elles-mêmes et pour elles-mêmes.

Finalement, vouloir développer le pouvoir d’agir des personnes induit de nombreuses questions… Je vous en propose ici quelques-unes et je vous invite à nous retrouver en fin de journée pour voir ensemble en quoi nos échanges ont permis de les éclairer :

  • Comment penser le pouvoir d’agir des usagers sans y associer le pouvoir d’agir des acteurs du champ médico-social ?
    • Autrement dit, comment le pouvoir d’agir peut-il se développer dans un contexte normatif de plus en plus contraint pour les établissements et services ? Norme qui est déterminée par une logique « top-down » ?
  • Comment envisager le pouvoir d’agir des usagers dans des établissements et services qui, s’ils ne sont pas maltraitants du simple fait de leur existence (Cf. rapport de la CDPH/ONU), ne parviennent pas à intégrer pleinement les droits et libertés fondamentales des personnes accueillies ?
    • Autrement dit, quelles transformations devront opérer les organisations du travail social et médico-social pour répondre à ce nouveau défi ? Transformations au plan organisationnel qui auront pour effet d’accroître le pouvoir d’agir desdits établissements ?
  • Comment promouvoir le pouvoir d’agir des usagers sans, concomitamment, repenser le pouvoir d’agir des professionnels qui les accompagnent ?
    • Autrement dit, quelle évolution des compétences sont nécessaires pour que les travailleurs sociaux passent du « faire pour » au « faire ensemble » et, pour cela, quelles marges d’autonomie leurs sont nécessaires ?
  • Comment (re)placer l’action sociale au cœur de la cité pour que le pouvoir d’agir des personnes vulnérables soit réellement un vecteur de développement social ?
    • Autrement dit, comment faire de la promotion du pouvoir d’agir un levier de transformation des espaces sociaux (école, formation, travail, habitat, santé, culture…) ?

J’ai conscience que ces questions nous entraînent dans des considérations très générales et dans un questionnement très large qui peut sembler éloigné des problèmes concrets qu’il vous faut traiter quotidiennement.

Elles n’ont pas pour fonction d’intellectualiser ou de théoriser le débat mais de nous donner une grille de lecture qui, au cours de nos échanges, devrait nous permettre de ne pas perdre de vue dans les détails les questions sociétales que pose la thématique du pouvoir d’agir.

Créer les conditions du pouvoir d’agir suppose, pour moi, de s’interroger sur le genre de société que nous voulons construire.

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