La crise : une opportunité pour développer de nouvelles alliances

par | Oct 29, 2026 | Articles, Organisation | 0 commentaires

Préambule

Lors d’un débat sur le rôle des associations de solidarité, un président déclare :

  • « Nos associations font le boulot de l’État ! »

Le ton un peu péremptoire de ma réponse me surprend et me fait mesurer que c’est un enjeu important qui est posé :

  • « Non Monsieur, les associations de solidarité ne font pas le “boulot” de l’État ! Les associations de solidarité, ce sont des citoyens qui prennent leurs responsabilités de construire, consolider et garantir la cohésion sociale, de permettre à tous, et particulièrement aux personnes les plus vulnérables, de prendre et d’occuper leur place dans la vie de la cité. »

Cette affirmation inverse notre manière de penser. Les associations ne mettent pas en œuvre les politiques sociales de l’État. Elles mettent en œuvre un projet de société solidaire et, pour ce faire, s’appuient sur les moyens mobilisés par les pouvoirs publics. Ce faisant, elles mettent l’État en demeure d’honorer son rôle constitutionnel symboliquement inauguré par l’article 21 de la constitution du 24 juin 1793[1], reformulé dans le préambule de la constitution du 27 octobre 1946[2] qui est repris dans la constitution de notre cinquième République (4 octobre1958).

Soyons donc clairs sur la répartition des rôles :

  • La responsabilité politique des associations est de faire vivre les solidarités dans les territoires.
  • La responsabilité politique de l’État est
    • de collecter l’impôt, seule source du financement républicain de la solidarité nationale (non pas au nom d’une quelconque philanthropie mais au nom de la solidarité nationale) ;
    • de répartir cette « contribution commune[3]» (et non pas de « financer » les associations de solidarité) ;
    • et d’en garantir le bon usage en organisant et en régulant l’offre dans les territoires (non pas en son nom propre mais au nom du peuple et de sa souveraine volonté).

En conséquence, l’insuffisance des financements consacrés à la solidarité ne signifie pas qu’elle coûte trop cher (« un pognon de dingue ») mais que l’État n’honore pas sa dette. Le rôle des associations de solidarité est donc d’exiger que l’État remplisse son rôle.

________________

 

 

Introduction

L’intervention sociale est en situation de crise : crise des moyens qui est le symptôme d’une crise idéologique (érosion de l’idée même de solidarité), d’une crise de légitimité (doute sur la performance des actions de solidarité), d’une crise méthodologique (envahissement d’une rationalité instrumentale qui met à mal les métiers du lien) et d’une crise des métiers (perte de l’attractivité des professions sociales).

Cette crise nous met au défi de trouver des voies nouvelles pour assurer un avenir aux valeurs humanistes qui fondent l’intervention sociale. La piste proposée ici est celle de la solidarité : se serrer les coudes pour imposer un rapport de forces obligeant à repenser les finalités, les cadres et les moyens de la solidarité nécessaire à la cohésion de notre société.

Le concept d’alliance exposé dans ces lignes est proposé comme une hypothèse d’action efficiente.

  1. Comment transformer une crise en opportunité ?

La crise, est une « manifestation brusque et intense, de durée limitée (d’un état ou d’un comportement), pouvant entraîner des conséquences néfastes.[4] » La question qui se pose dans les situations de crise est « Comment s’en sortir ? ».

  • Qu’est-ce qu’une crise ?

Le terme moderne de « crise » recouvre deux sens distincts :

  • D’une part, un accès soudain, une attaque, une poussée (telle la fièvre).
  • D’autre part, une situation de trouble, une rupture d’équilibre, un bouleversement, un malaise, une perturbation qui peut s’inscrire dans la durée.

Le terme Grecs de Krisis, illustre autrement ce concept polysémique. Krisis, c’est une séparation, une bifurcation, un tournant dans l’ordre des choses. Ce terme n’est pas, comme aujourd’hui, connoté uniquement négativement.

Je vous propose de retenir globalement l’idée qu’une crise, c’est un passage d’un régime à un autre qui entraîne de profondes perturbations à la fois attaque soudaine et perturbation sur le temps long.

En situation de crise, trois postures s’offrent à nous :

  • La fuite : on fait comme si rien ne se passait, on fait semblant de ne pas voir (Cf. le film « Don’t look up »).
  • La résistance : on s’oppose pour tenter de prolonger le monde d’avant.
  • La stratégie : on analyse toutes les opportunités à saisir dans la situation pour faire émerger du neuf tout en préservant les valeurs auxquelles on tient.

C’est cette troisième voie que je vous propose d’explorer avec vous.

  • Comment passer de l’abattement à l’action, de la soumission à la stratégie ?

Ne sommes-nous pas dans la situation de L’allégorie de la grenouille ? Ce paradoxe, cité par Grégory Bateson[5] expose que si on plonge une grenouille dans de l’eau chaude elle s’échappe tout de suite mais que si on la plonge dans de l’eau froide que l’on chauffe progressivement, elle s’habitue et s’engourdit pour finir par mourir.

Les acteurs de l’intervention sociale s’habituent progressivement à la situation de crise dans laquelle ils vivent. Ils s’ajustent, adaptent leurs pratiques au contexte : moyens en tension ou insuffisants, temporalités de plus en plus brèves, mode dégradé qui devient habituel, flux tendus, reportings chronophages, hypertrophie des évaluations et des contrôles, standardisation des pratiques, envahissement des normes, etc. En s’acclimatant à ces nouveaux contextes de travail, ils permettent deux choses à leur insu :

  • D’une part, ils permettent au dispositif de continuer à fonctionner « comme si de rien n’était », ce qui revient à faire plus avec moins ;
  • D’autre part, ils permettent à la rationalité instrumentale de poursuivre son œuvre délétère, ce qui alimente la délégitimation du travail social.

Pour ouvrir des voies d’avenir, il nous faut donc refuser l’abattement, la démoralisation générale des troupes dont nous voyons les effets en termes d’attractivité des métiers. Il nous faut tout autant refuser de continuer à se soumettre à ce cercle vicieux qui va tuer le travail social comme l’eau chaude pour la grenouille.

Facile à dire me direz-vous mais comment faire ?

Entre Charybde et Scylla, nous devons tracer une troisième voie. Entre fuite passive et opposition vaine, nous devons ouvrir la voie de la vertu que nous enseigne Aristote[6]. Je propose que cette voie vertueuse pourrait se fonder sur le concept d’alliance.

  1. En quoi l’idée d’alliance peut-elle être une issue à la crise ?

La crise sépare, divise, clive, oppose. L’alliance, à l’inverse, relie, associe, réunit.

  • Qu’est-ce que l’alliance ?

L’alliance est une action, le fait de s’allier, de s’associer à d’autres. L’alliance, est un lien. Ce lien prend la forme d’un pacte ou d’une convention entre plusieurs parties. L’alliance peut être tacite ou expresse. On parle d’alliance objective quand des intérêts convergent naturellement entre des personnes ou des groupes. Elle peut être un lien juridique sous la forme d’un contrat.

L’idée d’alliance est très ancienne. Nous en trouvons une trace dans la Bible avec l’histoire de l’arche de Noé. Pour résumer cet épisode : Dieu était fâché de la méchanceté des Hommes et décide de leur envoyer le déluge. Mais il sauve Noé et sa famille et le charge de construire une arche pour sauver les espèces animales. Dieu fait alliance avec Noé et inaugure une alliance avec son peuple qui sera symbolisée ensuite par l’arche d’alliance qui contient les tables de la loi : tout un symbole des rapports entre l’Homme et Dieu.

L’idée d’alliance se retrouve dans bien d’autres activités, exemples :

  • Le mariage est présenté comme une alliance entre deux êtres qui est symbolisée par un anneau. Cette alliance relève à la fois du sentiment et du juridique.
  • L’alliance thérapeutique traite du lien entre un patient et son thérapeute. Freud a utilisé ce concept pour signifier le lien indispensable qui devait réunir l’analyste et l’analysant pour permettre le processus thérapeutique.
  • Dans le domaine commercial, nous trouvons les alliances stratégiques d’entreprises.
  • L’OTAN, Traité de défense de l’atlantique nord nommé couramment « l’alliance atlantique » associe 32 pays.
  • L’Union européenne est une alliance politique et économique entre 27 États.

On trouve donc des formes d’alliance différentes entre des entités variables, dans des domaines divers et concernant des objets de tous ordres. Cependant, on peut dégager des caractéristiques communes qui recoupent les différentes alliances :

  • Des entités différentes (Cf. Dieu et les Hommes) ;
  • Des parties-prenantes qui peuvent, par ailleurs, avoir des désaccords (Cf. les États-Unis et la France) ;
  • Des statuts, des tailles, des natures différentes entre les alliés (Cf. Le psychanalyste et le patient) ;
  • Un objet précis et commun qui dépasse les désaccords (Cf. l’Europe) ;
    • Comment mettre en œuvre l’idée d’alliance dans l’accompagnement de personnes vulnérables ?

La proposition est de construire une alliance entre professionnels de l’intervention sociale et bénéficiaires. Le point de départ de ce projet repose sur le fait que la crise que connaît actuellement l’intervention sociale met en difficulté, dans des registres et des proportions différentes, autant les travailleurs sociaux que les usagers. L’idée simple est que plutôt que de souffrir chacun de son côté – en fuyant ou en résistant –, il y a peut-être un intérêt commun à développer ensemble une stratégie pour ouvrir de nouveaux possibles.

Comment faire alliance entre travailleurs sociaux et bénéficiaires alors que les positions sociales, les cultures, les références, les attentes et les besoins ne sont ni les mêmes, ni de même nature ? Pour dépasser ces distinctions, nous devons redire qu’une alliance n’est pas un accord parfait et total mais porte sur un objet précis qui suppose de dépasser les désaccords et les distinctions. Il s’agit d’un « faire ensemble » sur un point commun, un objectif partagé.

Dans ces conditions, l’alliance suppose préalablement d’identifier les points de désaccord, de les reconnaître, de prendre en compte les différences de places, de rôles, de statuts sans en faire un élément incontournable.

De plus, une alliance entre professionnels et usagers suppose une condition préliminaire essentielle : l’alliance se construit et se met en œuvre entre citoyens et citoyennes, c’est-à-dire entre sujets titulaires des mêmes droits. Cela suppose de revenir aux fondamentaux de la solidarité nationale entre citoyens telle qu’exprimée en préambule de ce texte. Les personnes accueillies ou accompagnées dans le cadre des interventions sociales ne sont pas de simples récipiendaires d’une quelconque générosité étatique. Ce sont des citoyens qui sont légitimes à revendiquer leurs droits, y compris celui d’être aidé pour pallier les situations de vulnérabilité que tout un chacun peut connaître au cours de sa vie.

Pour illustrer concrètement ce principe, nous pouvons prendre l’exemple d’un service qui exerce des mesures de protection juridique de majeurs. Cette activité connaît des tensions budgétaires importantes alors que le nombre de mesures prononcées est insuffisant au regard des besoins. Faire alliance dans ce contexte suppose de s’associer pour revendiquer une allocation de moyens à la hauteur des besoins. Cette démarche représente un changement de paradigme. En effet, comment envisager d’associer à part entière une personne qui, comme le dit le Code Civil, se trouve dans « ‘l’impossibilité de pourvoir seule à ses intérêts en raison d’une altération, médicalement constatée, soit de ses facultés mentales, soit de ses facultés corporelles de nature à empêcher l’expression de sa volonté…[7] » Inversons l’analyse en posant, a priori, le principe que la solidarité nationale concerne des citoyens, pleinement titulaires de droits et non des individus d’abord identifiés par leurs incapacités.

Rappelons-nous que le terme « incapable majeur » a été en vigueur jusqu’au 1er janvier 2009[8].

Nous en concluons donc que ces personnes placées sous protection sont des citoyennes et des citoyens en mesure de réclamer leurs droits, y compris celui d’être protégés. Ainsi, nous ouvrons la possibilité de faire alliance. C’est-à-dire que les professionnels, les organismes qui portent les missions de protection et les personnes placées sous main de justice défendent ensemble la qualité d’un dispositif social essentiel à la préservation de l’autonomie de la personne protégée, au respect de ses droits et sa participation aux décisions qui la concernent[9].

  1. À quels niveaux appliquer ce projet d’alliance ?

L’alliance naît dans le lien quotidien entre professionnels et bénéficiaires. Mais pour déployer tous ses effets, elle irrigue, par une dynamique ascendante, tous les niveaux du dispositif d’intervention sociale.

  • Quelle alliance dans la pratique d’accompagnement par les établissements et services ?

Les évolutions législatives tendent toutes à placer toujours plus le bénéficiaire au centre du dispositif, à l’associer aux décisions qui le concernent ainsi qu’à la vie et au fonctionnement de l’établissement qui l’accueille ou du service qui l’accompagne.

La notion d’alliance pousse un peu plus loin le curseur. Pour le comprendre, nous pouvons reprendre l’échelle des participations qui a été théorisée dès 1969 par la sociologue Sherry Arnstein et que nous pouvons simplifier en quatre niveaux :

  • La consultation est le niveau le plus basique : on recueille l’avis de la personne, puis on décide de ce qui doit être fait pour elle.
  • La concertation va un peu plus loin : on ouvre la possibilité que l’avis de la personne concernée influe la décision.
  • La co-construction nous indique un peu mieux ce que peut être une alliance : le projet est co-élaboré entre intervenants et bénéficiaire.
  • La co-décision, enfin, présente une figure idéale d’alliance : le pouvoir de décision est partagé. Cela suppose qu’elle a fait l’objet d’une négociation éclairée assurant une parité des places et des expressions entre tous, quels que soient, par ailleurs, leurs rôles dans l’organisation du travail.
    • Quelle alliance dans les rapports internes de l’organisation du travail ?

Pour qu’une alliance soit possible entre intervenants du « front office » et personnes accompagnées ou accueillies, il faut que l’organisation du travail garantisse les marges de manœuvre nécessaires. Ouvrir la possibilité de prendre des initiatives au quotidien sur le terrain de l’action suppose que les professionnels soient suffisamment sécurisés dans leur mission. La garantie de leur autonomie – condition de l’autonomie des bénéficiaires – suppose un système de délégations clair et stable. Le rôle du conseil d’administration est ici essentiel car il garantit tous les niveaux d’autonomie du système d’action.

Ainsi, une alliance doit être également construite au sein des équipes – principe de solidarité – et dans les rapports hiérarchiques – principe de subsidiarité. Une telle alliance n’efface pas les relations de collaboration ou de subordination, elle les dépasse en ce qui concerne l’objet commun poursuivi par l’établissement ou le service : ici, le projet social de l’organisation.

  • Quelle alliance avec les décideurs de politiques sociales ?

L’alliance entre intervenants et bénéficiaires, consolidée par l’alliance entre les parties prenantes institutionnelles de l’organisation crée les conditions d’une alliance à construire avec les décideurs des politiques sociales, ceux qui confient les missions à l’organisation. Rappelons-nous que, dans ce montage, les associations ne sont pas les exécutantes des pouvoirs publics mais des organisations citoyennes qui portent la préoccupation politique des solidarités.

Renforcées par les deux niveaux d’alliance identifiés, ce sont toutes les parties prenantes de l’organisation qui construisent un rapport de forces pour exiger des collectivités qu’elles assurent les moyens de la solidarité nationale. Alors, une alliance peut se construire avec les décideurs sur la base d’un projet politique partagé de cohésion sociale.

En faisant alliance à ce niveau, il devient possible de négocier des accords qui tiennent compte des contraintes des uns et des autres sans perdre de vue l’objectif commun sur lequel chacun est convoqué à apporter sa contribution.

  1. Comment construire un rapport de force en nouant des alliances ?

À ce stade de notre raisonnement, il convient de préciser que cette idée d’alliance n’est pas totalement une nouveauté. L’efficacité des interventions sociales tient au fait que des alliances fonctionnent déjà à tous les niveaux du système et d’abord dans la relation d’accompagnement au plus près de personnes concernées. L’enjeu est donc plutôt de visibiliser, puis de renforcer, les alliances déjà existantes entre professionnels et bénéficiaires, au sein des associations de solidarité, dans les négociations avec les autorités de contrôle et de tarification.

  • Quels seraient les pièges à éviter ?

Une première impasse apparaît immédiatement : Si nous voulons établir un rapport de forces envers les autorités publiques en associant les usagers, nous devons être vigilant à ne pas les prendre en otage pour défendre des intérêts catégoriels qui ne sont pas les leurs. Finalement, il s’agit de faire pression ensemble mais pour leur intérêt à être accompagné dans de bonnes conditions. Intérêt qui passe par l’intérêt des organismes gestionnaires ainsi que des salariés.

Une seconde impasse consiste à gommer les différences et les désaccords pour mettre en avant uniquement le projet commun. L’alliance, dans ces conditions, peut devenir une entreprise de récupération, voire de manipulation. Maintenir en tension ce qui fait la singularité de chaque partie-prenante est donc la condition de la réussite de l’alliance.

Une troisième impasse serait d’envisager le rapport de forces créé par l’alliance devant les autorités comme une coalition face à des adversaires. L’alliance doit reposer sur les principes de la non-violence, c’est-à-dire le respect inconditionnel des personnes concernées par le débat, y compris les autorités qui sont jugées responsables de la situation problématique traitée. L’alliance est à penser comme le refus de coopérer à des pratiques qui mettent en cause l’action. Elle ne vise pas la suppression de l’adversité mais sa conversion à de nouvelles pratiques. C’est pour cela qu’une alliance entre pouvoirs publics et acteurs des solidarités dans les territoires est à envisager comme l’aboutissement de la stratégie d’alliance.

  • Quelles seraient les garanties à prendre et à donner ?

Sans prétendre épuiser le sujet, nous pouvons envisager quelques éléments importants pour créer les conditions pour visibiliser, renforcer et créer – là où elles n’existent pas – des stratégies d’alliance pour sortir de la crise de l’intervention sociale.

Nous l’avons dit, la première condition est de créer les conditions de sécurité nécessaire à un exercice serein des gestes de métier développés par les professionnels. Cette garantie concerne en premier lieu les cadres hiérarchiques mais aussi l’organisme gestionnaire, l’association.

Un moyen efficace de ne pas prendre en otage les personnes concernées est de leur permettre de porter une parole qui leur est propre, c’est-à-dire non influencée par les professionnels ou par les postures institutionnelles. Par exemple, instaurer des espaces collectifs spécifiques aux usagers est un bon moyen de faire émerger une parole sans influence.

Dans les rapports avec les autorités de contrôle, la recherche d’alliance – résultant redisons-le d’un rapport de force venu du terrain – ne doit pas être confondu avec une récupération de l’association dans les logiques de l’administration. L’association doit préserver sa capacité à développer un plaidoyer pour porter son exigence démocratique. Cela n’empêche pas l’alliance mais la colore avec ce que nous pourrions nommer comme d’autre l’ont fait une « coopération conflictuelle ».

Enfin, l’objet de l’alliance doit être clair, précis et circonstancié. Sinon, les engagements risquent d’être flous et peu mobilisateurs.

Conclusion

Proposer une stratégie d’alliances multiniveaux comme réponse possible à la crise ne prétend pas être la solution parfaite. L’alliance n’est pas un but en soi mais un chemin à initier. Si les contributions de chaque partie-prenante au processus d’alliance sont justement équilibrées, il y a toutes les chances qu’elles produisent des effets inattendus, qu’elles ouvrent de nouvelles perspectives, qu’elles libèrent des créativités inédites. C’est en ce sens que la stratégie d’alliances ne se présente pas comme une solution mais comme une voie nouvelle à explorer pour demain.

[1] « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. »

[2] La nation « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »

[3] Article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

[4] Centre National des Ressources Textuelles et Lexicologiques (CNRTL)

[5] Gregory Bateson (trad. de l’anglais par Alain Cardoën, Marie-Claire Chiarieri et Jean-Luc Giribone), La Nature et la pensée [« Mind and nature : a necessary unity »], Paris, Seuil, 1984

[6] Selon Aristote, la vertu n’est pas une position moyenne entre deux travers, elle est une ouverture vers une sorte d’éminence qui dépasse le clivage. Par exemple, entre la pruderie qui consiste à tout cacher et l’exhibition qui consiste à tout montrer, la position vertueuse est la pudeur : cacher ce qui doit l’être, montrer ce qui peut être exposé. Entre l’avarice et la prodigalité, la vertu est la tempérance, etc.

[7] Article 425 du Code Civil.

[8] Loi n° n°2007-308 du 5 mars 2007 en vigueur le 1er janvier 2009 portant réforme de la protection juridique des majeurs.

[9] En ce sens, la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice apporte de nouvelles garanties aux majeurs protégés.

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Présentation de l’auteur

Roland JanvierRoland JANVIER, chercheur en sciences sociales, titulaire d’un doctorat en sciences de l’information et de la communication.
Repolitiser l'action sociale

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